Hiver de force

janvier2

Les reportages sont formels: de Moscou à New York, pas de neige pour les fêtes de fin d’année, et le début d’année aussi, avec un climat tout doux, sans morsure de froid. On respire l’air d’une autre saison. Il n’y aurait donc qu’au cinéma que la saison revêtirait ses autours neigeux, et ses fumées dans les dialogues, pour un devenir hivernant. Avec des films pour passer l’hiver pourtant sous la couette, dédouané même des listes obligatoires de fin d’année type classement des meilleurs. La salle obscure toque à la remémoration de sensation. A l’imagerie d’une absence (pas de neige à Noel), au mieux aux mouvements d’une image.

Monsieur Sim, joué par Jean-Pierre Bacri, se perd torse nu dans un champs recouvert de blanc. Sa comédie, celle de jouer avec sa déprime, vire à se demander comment il franchira ses barrières de solitude cinglée de blanc, avec pour seul écho la voix mi fantasmée mi réelle d’un gps «Emmanuelle», quitte à tourner inlassablement au rond point pour la taquiner. Ailleurs, dans un autre film, le blockbuster de la fin de l’année, le sabre d’un coté obscur n’a pas l’air de gouter cette nouvelle force qui lui résiste, celle d’une héroïne qui plonge dans la neige l’aura rouge de chaleur mortifère du sabre faiblissant à un pschitt brouillé tout en déliquescence. Dans cette scène d’opposition, remportant l’adhésion des fétichistes de manichéisme,  le décor s’altère sans fond, se lézarde aux béances d’une destruction, la séquence se plaisant d’hésiter entre production de cadavre et cadavre exquis de lieux. Le combat nomade se jauge aux percées, l’effet spectateur appliqué aux personnages eux mêmes, d’un environnement toujours changeant. Comme on voit des feux de cheminée sur des écrans dans des boutiques, il s’agit désormais d’évoquer par surimpression d’écrans et non plus d’images; la vie serait belle transmise en écran, sfumato nostalgique, flou peut-être d’une chose commune. Encore dans l’esprit de saison vif au cinéma, les fêtes fantasques de la famille d’une Pauline (film d’Emilie Brivasoine) se compteraient parmi les exubérantes d’une fantaisie débridée. Elles sont captées par la réalisatrice en puissance de ce que peuvent être les voix hétérogènes dans une famille, et dépassant le particulier aux chocs des strates d’âges, qui ne résolvent pas en démission commune. Le rattrapage du social n’éteindra pas cette fois ci la baguette magique de la volonté de cette fille, Pauline, dont le principal n’est pas tant de rentrer dans le moule de la formation (en boulange), que de retenir l’intense comme son amoureux dans un cage d’ascenseur, par la mise en perce de l’amour. L’originalité part de microcosmes de chambres ou de coins, en une façon de s’arracher aux choses et de flirter aux crises de conséquences, une caméra dans le fil de la vie au point que la jeune adulte passe au dessus d’elle, pour cause d’urgences à dire ou de détournements et clin d’oeils passagers. C’est monté à temps, juste ce qu’il faut pour ne pas sombrer dans le personnel, comme il faut partir à temps, s’arracher, avec une politesse pour les choses de ne pas insister ou recrayonner à l’envie, typique du trait d’auteur. Les larsens vidéos des séparations ou les coupures du son des coups/querelles participent de ces cages d’escalier dévalés plus vite qu’il n’en vaut et où se joue une part d’un nous ainsi brouillé. Et l’hiver est là, comme d’autres saisons, comme stationner dans un lit à la pensée qui papillonne dans les discussions, avec dans les veines d’inquiétants résidus qui cristallisent, ou des instants avec «des crépuscules qui tombent brusquement», ou comment «brûler  par les racines», relayant des fêtes au coeur d’une obscurité qui, elle, revient. L’hiver est un affrontement, peu importe les circonstances.

La perturbation d’un élément naturel questionne une présence ou une absence mais plus décisivement la tonalité d’un instant. Mathias Lavin a consacré un ouvrage à l’apparition, plus qu’à la présence, de la neige au cinéma, à son implication jusqu’à rendre visible ou effacer une image. L’élément extérieur en partage une fragilité, que les cliquetis d’un défilement à certaines séances précisent suffisamment. Chez Iosseliani, la saison s’entend à des précarités qui, celles-ci aussi, n’ont pas besoin du froid que pour s’annoncer. Dans ces derniers films, le réel s’entrevoit aux rêves d’une chose. Ce n’est pas que le réalisateur effacerait le réel au profit d’une fantaisie, mais qu’il y aurait d’un coté une déchéance de raison toujours prête à reprendre des idées faisandées, par exemple, dans le film, de virer un clochard, joué par un burlesque, héritier d’une vision comme d’un monde, vivant dans sa Mercedes; et de l’autre, une idée d’un monde, plus libre, enjoué, à roulettes, à ne pas laisser le corps et le crâne qu’à une déchéance, mais à l’instar d’un personnage étudiant les muscles, à la refonte d’un visage, à son histoire, sa méprise et ses quiproquos, une turbulence. On y entend des chants toujours affleurant aux lèvres, comme dès «racines nocturnes sous les pierres de la mémoire». On y construit une maison avec des matériaux jetés au rebut de la rue. Le tangage au milieu d’un hiver (passera-t-on l’hiver et ses formules?)  a rapport au sens esthétique. Et sans que rien ne soit pris en identité, le mur d’une prison ouvrant à un jardin paradisiaque de luxuriance, étant filmé peu après dévasté. Ce ne sont pas tant les choses en elles-mêmes qui comptent qu’un air dans le temps, un esprit, devant peu aux boursouflures des commerces (noel et ses boules) qu’à un petit air, plus que refrain, un désir de neige, d’autant que cette dernière participe parfois de l’apparition d’une image. Il y a un champs de la misère obligé par certains, qu’un autre chant parvient à retourner. Face à une façon sournoise d’observer, une autre plus migrante de passer les frontières, de rouler quitte à risquer l’aplatissement sous la roue harassant le bitume, comme d’avoir été roulé, eu mais aussi d’avoir tangué à une forme d’aventure passant des frontières, de cultures et de vie. Le «chant d’hiver» peut approfondir une mélancolie en élégie, dans le murmure d’une nature dans un plan contre champs d’un homme jeté par les égouts, suggérant loin le souvenir ou une terre d’origine. Mais ce chant peut être aussi fol car même sans raison, hors saison, dénaturalisé, insouciant toujours plus cigale que fourmi, quitte à partir dans le sens de la montée à vélo, après avoir peu goûte un vin sans doute mal travaillé, les derniers en terrasse, comme si «pour saluer la joie, rien ne vaut un chant nouveau», différent de l’ambiance, quelque soit les injonctions contraires, préférant à tout «l’ardeur dans les yeux qui pétillent», et ayant comme beaucoup de ces personnages quelque chose aux trousses (comme chez Tati), signe passant d’une liberté

odilon-redon-on-the-backdrop-of-our-nights

fb

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>